J'avais entendu qu'il était gérant d'un commerce rennais. Après avoir pris quelques renseignements, et de retour pour les transmuicales 1999 (et oui, j'ai traîné pour fournir cette interview...), je n'hésite pas à passer pour une interview exclusive. Qu'il m'accorde bien volontiers, malgré la grande activité du commerce à cette période. Merci, Pierre !


- Avant Marc Seberg, tu as commencé avec les Private Jokes…
Pierre Corneau : Private Jokes, c'est une histoire assez longue. J'arrivais de Redon pour faire des études à Nantes et je faisais un peu de guitare, en amateur. Tout de suite, en arrivant, j'ai cherché à contacter des gens pour faire de la musique. Je suis tombé sur une petite annonce qui disait " Batteur et bassiste cherchent guitariste ". Je suis allé voir et c'était, entre autres, Pierre Thomas, qui avait fait partie de Marquis de Sade à l'époque de leur premier 45 tours. Ils m'ont auditionné en tant que guitariste. Et moi, par hasard, j'avais rencontré sur les bancs de l'école à Nantes, un mec qui s'appelait Arnold Turboust et qui avait participé l'été précédent à l'enregistrement du premier album de Marquis de Sade. D'un seul coup, ce sont des gens qui se sont trouvés des atomes crochus et on a monté ce petit groupe, assez influencé par la scène rennaise. Cela a balbutié pendant plus ou moins un an. On avait quand même trouvé des contacts avec des maisons de disques et des éditeurs. Et puis cela s'est terminé. La fin de Private Jokes a été déterminée par la fin de Marquis de Sade, qui s'est scindé en 2. Philippe Pascal d'un côté et Frank Darcel et les autres de l'autre. Arnold est allé avec Frank et Pierre et moi, on est allé avec Philippe. A l'époque, j'étais guitariste.

- L'histoire dit que pour intégrer Marc Seberg, tu t'es fait passer pour un bassiste…
P.C. : Non, pas vraiment. Philippe savait que je jouais de la guitare. Je leur ai dit que je jouais un peu de basse. Au départ, Anzia n'était pas chaud du tout, parce que c'est vrai que je n'étais pas bassiste. Mais un après-midi, Anzia m'avait laissé son 4 pistes et m'a dit de me débrouiller. Et j'ai bricolé une petite maquette, avec boîte à rythmes, basse, guitare… Je leur ai fait écouter cela le soir. Bon, c'était pas génial, mais c'était un truc vite fait. A l'époque, Anzia était plutôt tourné vers les sons purs : la Strato directement branchée dans l'ampli, sans effet. Moi, par contre, j'étais plutôt tourné sur les effets. Et je pense que cela leur a bien plu.

- Après, tu as continué la guitare ?
P. C. : Non, j'ai arrêté la guitare. Mais en fait, si tu écoutes bien les premiers disques de Marc Seberg, je joue de la basse comme un guitariste. Avec un médiator, des techniques de cordes à vide, des doubles cordes…

- On le ressent surtout sur le premier album où la basse apporte plus un côté mélodique. Sur " Le chant des terres ", je trouve qu'en plus, tu as apporté l'élément rythmique…
P.C. : Au fur et à mesure que je jouais, j'ai appris à jouer la basse, à maîtriser l'instrument, quitte à perdre un peu d'originalité.

- Les composition de Marc Seberg, cela se passait comment ?
P.C. : En fait, la majorité des morceaux, un des membres amenait un riff ou quelques mesures et jouait cela en boucle pour que chacun se greffe dessus et ensuite, on complétait éventuellement par d'autres parties. Mais il y a aussi des compositions qui ont été faits tous ensemble. Et il y a aussi quelques morceaux qui ont été écrits de A à Z par une seule personne. Là, c'était un travail plus personnel. Mais la majorité des trucs, c'était un travail de groupe. Pour la musique. Pas pour les paroles.

- Ton album préféré de Marc Seberg ?
P.C. : Si je réécoute bien, avec les oreilles que j'ai maintenant, je pense que c'est le premier qui est le plus fort émotionnellement et le plus original. Mais bon, j'ai du mal à réécouter tous ces albums. Tout cela est lié à une époque, à des choses qu'on a vécues.

- Ta chanson préférée ?
P.C. : Je ne sais pas. Il y en a que je préférais parce que j'aimais bien la ligne de basse, d'autres parce qu'il y avec une certaine magie au niveau des instruments. Mais au fur et à mesure, ce qui me plaisait, c'était les morceaux qui rentraient dedans. Surtout sur scène.

- Tu étais plus scène ou studio ?
P.C. : J'adorais les deux. Je ne regrette vraiment pas d'avoir vécu cela. Sur scène, on a vécu des trucs complètement fous, notamment en Amérique Centrale. Le studio, c'est autre chose. J'adorais les deux, mais je préférais la scène.

- Tes influences, à l'époque, c'était quoi ? Les groupes anglais comme Joy Division, Cure, …
P.C. : Tout à fait. Mais j'étais aussi pas mal influencé par la scène américaine un peu décalée comme Tuxedomoon, (Inder Life) (qui a joué aux trans). J'ai aussi écouté beaucoup de Bach. Il y avait aussi un truc que j'écoutais et que les autres n'écoutaient pas, c'était le hard rock. J'ai toujours été un grand fan d'AC/DC. J'ai aussi toujours adoré Killing Joke. Les débuts de Minimal Compact aussi.

- Aujourd'hui, tu écoutes quoi ? Tu écoutes encore de la musique ?
P.C. : Depuis quelques mois, je n'ai plus le temps de rien faire. Mais sinon, j'écoute volontiers des tas de choses. Sauf le rap et la techno.

- Tu as collaboré avec d'autres gens ?
P.C. : Oui. Principalement avec Dominic Sonic. J'ai enregistré deux ou trois albums et j'ai fait deux tournées avec lui. J'ai joué avec Les Nus, j'ai fait plusieurs tournées. C'était dans la deuxième ou troisième formation des Nus. J'ai aussi collaboré avec Dargelos, pour son 45 tours. J'ai participé à l'album de Frank Darcel. - Tu as produit, aussi, le premier maxi de Complot Bronswick… P.C. : Plus ou moins. Au départ, ce n'était pas entendu comme cela, mais au final, c'est un peu ce qui s'était passé. C'était sympa. Cela m'a permis de rencontrer Pascale Leberre, qui jouait dans Complot, à ce moment. Ils répétaient dans le local à côté du nôtre. Pour leur projet de maxi, ils avaient besoin d'un bassiste et c'est comme cela que ça s'est fait. Par la suite, je ne sais pas ce qui s'est passé, mais leur groupe a splitté et assez naturellement, Pascale est venue jouer avec nous.

- Quand tu arrêtes un groupe qui dure presque 10 ans, qu'est-ce qui se passe après ?
P.C. : Après, j'ai pas mal collaboré avec Dominic Sonic, parce qu'en fait, à la fin de Marc Seberg, je commençais déjà à travailler avec lui et donc cela s'est un peu trouvé en charnière. Et puis, j'ai cru, peut-être un peu naïvement, que j'aurais pu poursuivre une " carrière " de musicien, invité à droite à gauche, en faisant des séances. Mais cela ne s'est pas fait. Je pense que pour cela, il faut vivre à Paris. Mais arrêter Marc Seberg, cela n'a pas été évident du tout. Même si à la fin, on en était arrivé à un stade où on voulait que cela s'arrête parce que c'était invivable, ce n'était pas évident.

- C'est comme une histoire d'amour…
P.C. : Tout à fait. Donc, j'ai bricolé. J'ai donné des cours, dans une école de musique.

- A la fin, on a un peu l'impression que d'un côté, c'était Philippe et Pascale, et peut-être les autres de l'autre…
P.C. : Un peu, oui.

- Vous n'avez pas pensé à continuer avec Anzia et Pierre ?
P.C. : Pierre, son cas était un peu spécial. Il est un peu tombé des nues quand on lui a dit qu'on voulait arrêter le groupe. Apparemment, il était un peu détaché de cela à l'époque. Il évoluait dans des sphères plus "maritimes". On a parlé avec Anzia de faire des choses. Mais je crois qu'il y avait une espèce de ras-le-bol, et d'envie de faire autre chose. Mais c'est évident qu'à la fin, il y avait Philippe et Pascale et de l'autre, le reste du groupe.

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