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Popzone est un groupe Facebook consacrée à la musique pop avec comme point central Etienne Daho.

Severine Desrues, passionnée de la scène rennaise, a interviewé Frank Darcel pour ce groupe et m'a permis de rediffuser cette interview sur mon site. Merci Severine !

 

Pop Zone : Entre la tournée des Marquis et la promo de ton livre l’Armée des Hommes Libres ton actualité est plutôt dense. Pas trop compliqué de naviguer entre deux univers si différents ?

Frank Darcel : Si, un peu… pas parce que je me tromperais entre notes et dialogues… mais plutôt en termes d’emploi du temps, là il s’agit d’une gymnastique complexe. Normalement on aurait dû tourner avec Marquis en octobre, et le livre était bien prévu pour mai. Un événement tragique a fait qu’on n’a pas pu faire de concerts en 2021, du coup tout arrive en même temps. Mais cela procure aussi une sorte d’ivresse, et des synergies malgré tout… Cela dit, lorsque le rythme va se calmer un peu, à partir de juillet, j’apprécierai aussi. On se mettra alors à fond dans le deuxième album de Marquis !

 

PZ : Le titre ''Holodomor'' sur votre lp Aurora fait référence à la grande famine orchestrée par Staline en Ukraine dans les années 30. Dans l’Armée des Hommes Libres il est question d’une famille de réfugiés ukrainiens. Avais-tu senti venir cette guerre qui a éclaté aux confins de l’Europe fin février ?

 FD : Je m’intéresse depuis longtemps à l’Histoire de l’Europe. Et à ces nations plutôt jeunes d’une certaine manière que sont la Finlande, l’Ukraine et bien sûr les pays Baltes, même si la Lituanie a une naissance politique plus ancienne. La Finlande et L’Estonie par exemple n’existent politiquement que depuis 1917, moment où elles ont profité de la révolution d’Octobre pour proclamer leur indépendance vis-à-vis de la Russie. L’Ukraine a longtemps été partagée entre plusieurs entités, gouvernée d’abord par la Pologne et la Lituanie au moment de la République des deux Nations du 16ème au 18ème siècle. Mais la partie orientale a aussi connu l’État Cosaque indépendant. Plus tard, l’Ukraine sera partagée entre Empire Austro-Hongrois et Empire Russe, mais là aussi, au moment de la révolution de 1917, l’Ukraine dans sa quasi-intégralité revendique son indépendance. La conscience nationale ukrainienne naît vraiment à ce moment-là, autour du héros ukrainien emblématique Nestor Maknho, un autre cosaque, communiste libertaire, qui combat à la fois contre les bolchéviques et les Russes blancs.

Après la défaite des armées blanches et de leurs alliés occidentaux, les soviétiques finiront par avoir raison de la résistance ukrainienne, et le pays tombera dans le giron stalinien, avec les conséquences tragiques de l’Holodomor entre autres. En tout cas, ramener l’Ukraine a un appendice perpétuel de la Russie, comme certains le font, est ridicule et absolument révisionniste.
Dans mon livre, j’avais imaginé l’attaque de la Russie en 2024, au moment où je place les évènements qui amèneront, supposément, à la troisième guerre mondiale. Quand les Russes ont attaqué pour de vrai, j’ai juste changé la date en 2022, quelques jours seulement avant que le livre ne parte à l’imprimerie.

Je n’ai évidemment pas la prétention d’être un devin pour autant… Ainsi, alors qu’on décrivait les Balkans comme une poudrière dans la première moitié du 20ème siècle, il est clair que la poudrière se situe, depuis la chute du mur, le long des frontières de la Russie. On l’a déjà vu avec la Géorgie, sans parler de la Tchétchénie, qui fait cependant partie de la Fédération.  Ce que fait Poutine finalement, ce n’est pas seulement tenter de retrouver les limites de l’URSS, c’est surtout de récupérer les zones d’influence des Tsars. Cela continuera jusqu’à ce que les Russes perdent définitivement cette guerre, ou une autre. Car les Russes n’ont quasiment jamais connu la démocratie, ou même quelque chose qui s’en approche un tant soit peu. Poutine considère donc la démocratie à ses frontières comme aussi dangereuse que des missiles en fait.  Et il a certainement raison en ce qui le concerne.

 Si je m’intéresse à cette histoire des nations européennes, c’est aussi parce que j’aime comparer avec la Bretagne, dont l’Histoire me passionne également… Quand on sait que la naissance politique de la Bretagne se situe en 845, alors qu’à l’Est il n’y a pas encore de France mais une subdivision de l’empire franc, on se demande comment on en est arrivés là où on en est… (rires). Nous appartenons vraiment, nous Bretons, à un très vieux pays !

 

PZ : Votre lp Aurora a été enregistré en plusieurs langues : anglais, allemand, flamand, français et portugais. Entre le titre ''European Psycho'' et la reprise de ''Putain, Putain'' d’Arno sur scène on ressent un attachement profond à l’Europe. Quel est votre idéal européen ?

 FD : Je crois tout d’abord à une Europe culturelle, et je ressens profondément cette identité qui en découle, non seulement quand je voyage entre Allemagne et Portugal, mais aussi à l’écoute de Brahms, et j’ai été initié à Wagner par un oncle qui était reçu à Bayreuth chez les descendants du grand compositeur… J’aime le Fado, j’en ai d’ailleurs produit un album au Portugal en 1998, en collaboration avec João Fernando, le guitariste qui accompagnait Amalia Rodrigues en son temps. Bach me donne des frissons et j’aime le Flamenco autant que Léo Ferré. Et le rock anglo-saxon bien sûr, ainsi que le Krautrock.  Mes auteurs préférés sont souvent ces écrivains racontant l’Europe à cheval entre 18ème et 19ème siècles, ce continent à la croisée des chemins. Quand l’Europe imagine le monde et le redessine. Je ne vois évidemment aucune vertu dans la colonisation, mais j’ai toujours admiré cette envie qu’ont eue les Européens d’explorer tout ce qu’il était possible d’explorer. Ainsi les passions orientalistes d’Herman Hesse donnèrent jour à de fabuleux romans, tout autant que les illuminations de Rimbaud poussèrent leur auteur à parcourir ensuite le monde. Sans parler des voyages immobiles de Pessoa ou hallucinés de Céline. Les écrits de Thomas Mann, Robert Musil et Knut Hamsun me fascinent également, qui racontent ces personnages abîmés et leurs errances intracontinentales.

Et il y a par ailleurs des tas d’endroits en Europe où je me sens autant chez moi qu’en Bretagne. Je pense à Lisbonne bien sûr, ou à des villes comme Gand, Berlin ou Séville. Sans compter le Kerry en Irlande ou les montagnes slovènes. Ce continent est un véritable pays de Cocagne. Évitons que les chars des uns ou des autres ne viennent tout saccager !

 

PZ : La tournée des Marquis vous a menés à vous produire dans la salle mythique de l’Ubu à Rennes, à quelques pas de là où tout avait commencé pour toi, Eric Morinière, Thierry Alexandre et Philippe Pascal il y a un peu plus de quarante ans. Quel accueil vous a réservé le public ?

 FD : C’est, de toute ma vie, un de mes meilleurs souvenirs de concert. C’est difficile à décrire parce que, comme le disait si bien Dominic Sonic, le temps sur scène n’est pas le temps réel, parfois on ne souvient de pas grand-chose ; on peut aussi avoir l’impression que cela n’a duré que quelques minutes. Ce soir-là, on venait dire à la ville qui nous a vu naître en tant que musiciens : malgré tout ce qu’on a traversé, nous allons continuer, et c’est grâce à vous ! Et la réponse du public a été extraordinaire. On veut revivre ça !!!

 

PZ : En parallèle de la tournée des Marquis, vous travaillez sur l’enregistrement de votre prochain lp. Est-ce le hasard du calendrier ? Vous retrouver ensemble sur les routes vous permet de tester des choses, de composer plus facilement ? De donner forme à des idées germées séparément ?

 FD : Comme je le disais, certains événements ont fait que tout se bouscule un peu. Les nouveaux titres avancent bien en studio, mais pour l’instant on ne se lance sur scène seulement avec l’un d’entre eux. Par ailleurs, l’intégrale Marquis de Sade, avec des remixes du premier album, des remasters, et pas mal d’inédits, sortira finalement fin 2023. Nous sortirons donc le deuxième album de Marquis au printemps 2023. Quelques sessions à NY en septembre, des enregistrements cet été, et les voix vers la fin de l’année à Bruxelles, et ça devrait le faire. C’est très excitant, parce que cela sera à la fois l’album de la maturité pour Marquis mais il faudra aussi surprendre, ne pas faire un Aurora bis. Ce sera enfin la véritable intronisation de Simon comme chanteur du groupe. Il y a déjà une dizaine de rythmiques enregistrées, et des invités en vue. On a hâte que tout ça prenne forme !

 

PZ : Le 8 juin vous allez jouer au Petit Bain à Paris, Nicolas Comment se produira en première partie. Cet auteur-compositeur-photographe enchaîne les collaborations, pas des moindres. Est-ce une fierté de partager l’affiche avec lui?

FD : J’ai rencontré Nicolas à la soirée « Mythomane » d’Etienne Daho, au Silencio en décembre. J’ai bien écouté ensuite son projet musical, et nous avons tous aimé ce qu’il s’en dégageait. C’est quelqu’un qui est lui aussi impliqué dans différents projets, et je suis sûr que ce sera une collaboration riche entre lui et Marquis à l’avenir.

 

PZ : Un concert qui s’annonce exceptionnel puisque vous annoncez une soirée pleine de surprises…un spoiler pour Pop Zone?

FD : Une surprise doit rester une surprise !

 

PZ : Pour finir on a pu apercevoir ta guitare fétiche sur scène récemment, frappée du numéro 383, peux-tu nous en dire un peu plus?

FD : Houlà… Ce nombre me poursuit depuis plus de quarante ans maintenant. Au départ, c’était le numéro d’une chambre de cité appartenant à une jeune fille qui me plaisait beaucoup. Nous avions alors décidé de donner la référence 383 au premier single de Marquis de Sade. Et puis j’étais allé le déposer sous sa porte avec un petit poème à l’intérieur… J’étais tellement romantique à l’époque ! Depuis, ce nombre réapparaît régulièrement dans ma vie, et parfois dans des circonstances étranges. Je ne suis pas plus mystique que ça, un peu quand même (rires), mais j’ai décidé de prendre les devants. La guitare que m’a confectionné Loïck Le Pape porte donc un 383 sur son flanc, comme une bravade... J’espère ne pas m’électrocuter en la jouant bientôt en concert… 

 

CONCERTS MARQUIS

Dimanche 5 juin à 18 h

DON'T PANIC PARTY - Le Floride, Nantes

avec Miss Machine, Marquis et HI FI GEN

https://www.facebook.com/events/1162443410990742

 

8 juin  Petit Bain Paris

Marquis+Nicolas Comment

https://www.facebook.com/events/1265043630686156/?ref=newsfeed

 

17 juin Marquis au Vauban, à Brest

https://www.billetweb.fr/marquis-vauban-brest

 

18 juin, Marquis à l’Étang Moderne, à Rochefort-en-Terre, 56

https://www.letangmoderne.com/concerts/marquis-ex-marquis-de-sade/

 

 

Rencontres l’Armée des Hommes Libres

vendredi 20 mai, l'humeur vagabonde, rue du poteau, Paris

samedi 21 mai, librairie page 5, Bruz

mercredi 25 mai, Aux Vieux Livres, Chateaugiron

vendredi 27 mai, Le Failler, Rennes

samedi 28 mai, Espace Culturel Leclerc, Loudéac

mardi 1 juin, soirée spéciale, Loudéac, Salle Jeanne Malivel

vendredi 3 juin, Le Sew, Morlaix

samedi 4 juin, La Nouvelle Librairie, Saint-Brieuc

10, 11 et 12 juin, salon du livre de Vannes

samedi 18 juin, librairie Dialogues, Brest

Samedi 25 juin, Tom Librairie, Perros-Guirec

vendredi 1 juillet, Maison de la Presse, Paimpol