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𝗦𝗰𝗲̀𝗻𝗲 𝗿𝗲𝗻𝗻𝗮𝗶𝘀𝗲
𝗦𝗮𝗱𝗲 𝘀𝗼𝗻𝗴(𝗲)𝘀 𝗖𝗥 𝗹𝗶𝘃𝗲
SADE SONGS + complot - 𝗥𝗲𝗻𝗻𝗲𝘀 - 𝗟𝗲 𝗝𝗮𝗿𝗱𝗶𝗻 𝗺𝗼𝗱𝗲𝗿𝗻𝗲 - 𝟭𝟬.𝟭𝟮.𝟮𝟬𝟮𝟱
Retour sur une soirée en deux temps. Tempo hypnotico-électro autour d’une K7 de démos des Marquis de Sade. Puis tempo électro-évanescent par complot et guests deluxe.
𝗝𝗲𝘂𝗱𝗶 𝟭𝟭.𝟭𝟮 - 𝗚𝗮𝗿𝗲 𝗱𝗲 𝗥𝗲𝗻𝗻𝗲𝘀 - 𝗹𝗲 𝗽𝗮𝗿𝗶𝘀 𝗯𝗿𝗲𝘀𝘁
𝟭𝟭𝗵𝟬𝟬
Toutes les Sade choses ont une fin. Nous nous dirigeons vers la sortie du refuge où nous nous étions installés pour prendre une boisson chaude en attendant le train du retour. Au comptoir, Philippe Gonin. L’un des organisateurs de la soirée. A sa vue, les souvenirs de la veille remontent. Un entrelacs d’instants suspendus, comme autant de flashs qui reviennent. Il faudra quelques jours pour démêler le fil de cette soirée.
𝗠𝗲𝗿𝗰𝗿𝗲𝗱𝗶 𝟭𝟬.𝟭𝟮 - 𝗟𝗲 𝗝𝗮𝗿𝗱𝗶𝗻 𝗠𝗼𝗱𝗲𝗿𝗻𝗲
𝟭𝟱𝗵𝟯𝟬
Je découvre pour la première fois ce temple de la musique rennaise. On y vient pour jouer ou écouter de la musique, c’est selon. L’entrée se fait par l’une des scènes. Dans la prolongation un bar et des tables. Au cours de la soirée le lieu se transformera en catering. Joyeuse auberge où les visiteurs se mêleront aux musiciens.
C’est depuis ce bar que je verrai arriver, peu après l’ouverture des portes, mes amies GeDef Roz et Anne Marzeliere — mais aussi, sans trop en croire mes yeux, l’arrivée discrète de l’icône glam rock Denis Bortek. Exquise discrétion, me direz-vous… mais peine perdue pour l’intéressé : il a un charisme capable de suspendre les aiguilles du temps.
Le temps de nous remettre de nos émotions, et c’est l’un des membres fondateurs du groupe à l’honneur ce soir qui bientôt fera son apparition. Christian Dargelos. La légende dit qu’il a soufflé le nom de Marquis à 𝗙𝗿𝗮𝗻𝗸 𝗗𝗮𝗿𝗰𝗲𝗹 suite à ses séjours réguliers au célèbre Marquee londonien dans les années 77-78.
Avant de rejoindre la salle de concert, je croiserai aussi celui que je surnomme “la Légende” : le bassiste Pierre Corneau. Devant les toilettes, alors que j’y accompagnerai mon fils. J’aurai à peine eu le temps de lui lancer “ne ferme pas la porte à clé” avant de saluer ce grand artisan de la musique. C’est devenu notre tradition, je veux dire : nous croiser devant les toilettes. La première fois, c’était lors d’un festival — mon autre fils s’était enfermé dans les WC sans pouvoir en sortir. Un moment de panique et de grande solitude devenu aujourd’hui une anecdote improbable.
Plus tard dans la soirée, je feindrai d’avoir oublié cet épisode, et le saluerai une seconde fois, à sa grande surprise. Cela compensera les salutations manquées, comme celles avec Pierre Thomas, premier batteur de MDS. Que l’on peut voir sur la pochette du 45T « Air tight cell ».
Assez digressé, revenons-en à la découverte des lieux. Un peu perdue, je me dirige vers un visage connu. Patrick Chevalier, alias Tino. Lui est venu pour les balances. Ancien chanteur des Complot Bronswick - période Maïakovski et Dark Room’s Delight - il terminera le set par une reprise de « Rythmiques », chanson des Marquis de Sade parue en 45t entre les 2 albums du groupe.
Il interrompt sa conversation avec une personne qui me tourne le dos et fait les présentations. “Richard, c’est Séverine, une amie de Paris”. Quand le Richard en question se retourne, il me faut moins d’une fraction de seconde pour le “remettre”. Ce Richard au nom d’écrivain du 19 siècle, je l’ai déjà croisé plus d’une fois, sans jamais lui parler. Et sans cette présentation fortuite, il est fort probable que je ne lui aurais pas parlé de la soirée. En guise de salutations il entonne “Severin, Severin awaits you there” avant de se remémorer le titre de la chanson du Velvet Underground : “Venus in furs”. Puis poursuit avec “Shiny, shiny, shiny boots of leather”. Le ton est donné. L’appareil photo est remisé ce soir. Il est venu pour chanter avec ses potes rennais. Confirmation quelques minutes plus tard.
𝟭𝟰𝗵𝟰𝟱
Le temps a filé depuis que nous sommes descendus du train. Un peu trop traîné à humer l’ambiance des rues de Rennes…J’apprends que les balances vont commencer par le groupe qui joue en dernier. Logique, on termine le soundcheck par le groupe qui s'emparera de la scène en premier, pour garder les réglages. Et je tiens à voir le groupe qui clôture le set, les Complot. Le Jardin Moderne est excentré, si je ne veux pas arriver à la fin des balances je dois abandonner l’idée d’y aller en bus. Je saute littéralement dans un uber. A peine quelques minutes d’attente, et pourtant la conductrice s’excuse platement. “Vous faites comme vous pouvez” est la seule chose aimable qui me vient à l’esprit. Pourtant mon cerveau bouillonne d’impatience.
Je suis au téléphone, elle comprend à travers les bribes de conversation qu’il y a urgence, et quand je raccroche elle se permet de m’interroger sur ce qui se passe de si “important” au Jardin Moderne.
« Il y a une soirée autour d’un groupe dont vous n’avez sans doute jamais entendu parler mais que je considère comme fondateur : les Marquis de Sade »
Moins de deux et elle pile. « Quoi les MDS??? J’étais pas au courant de cette soirée. Bien sûr que je les connais. Je suis intermittente. Chanteuse. Uber c’est pour payer les études de mon fils. »
« Là c’est la course pour arriver à temps pour assister à la fin des balances du groupe Complot. Autre groupe fondateur»
« Je les connais aussi!! Bon je fais le maximum pour venir ce soir! »
Je ne le sais pas encore, mais Philippe Maujard est aussi de la partie. Quel personnage haut en couleurs! Il a déjà écrit un bouquin sur ses convenues et déconvenues, pourtant je suis certaine qu’il y a matière à écrire une bio en 10 tomes.
𝟭𝟱𝗵𝟰𝟱
Il est temps de rejoindre les balances, à peine le temps de saluer les organisateurs de la soirée. Philippe Gonin, Sergei Papail et Stéphane Cantero. Difficile de dire qui est le véritable instigateur, car chacun rejette la balle à l’autre. N’allons pas leur reprocher cette mise en retrait, c’est tout à leur honneur. Quoi qu’il en soit c’est toujours mieux quand les initiatives sont “gruppiert”. Et quelles initiatives, celles-là même qui permettront aux inconditionnels de découvrir de nouvelles choses, plus de 45 ans après les débuts. Alors présentons-les dans l’ordre d’apparition.
Philippe Gonin, auteur du livre 𝗠𝗮𝗿𝗾𝘂𝗶𝘀 𝗱𝗲 𝗦𝗮𝗱𝗲 - 𝟭𝟵𝟳𝟳-𝟮𝟬𝟭𝟵, lancera les “hostilités” avec une conférence autour d’une K7 de démos que Frank Darcel a confiée à Sergeï Papail pour qu’il y pose ses lignes de basses. Rendez-vous est donné au drugstore de Rennes pour en discuter. Ce soir nous entendrons la bande-son des premiers riffs de « Skin Disease » et la voix du jeune Frank Darcel. Frissons. Il sera même question d’une suite d’accords d’une chanson perdue. Une sorte de cold case musical. Les autres membres du groupe seront interrogés à ce sujet avant de faire une photo souvenir sur scène: Christian Dargelos, Éric Moriniere, Thierry Alexandre, Sergeï Papail, Pierre Thomas.
Les titres évoqués au cours de la conférence seront repris par le trio, avec une fin électrisée. Plus un, “Schuldik”. Conçu et chanté par Sergeï comme la suite de Conrad Veidt. Désirée par 𝗣𝗵𝗶𝗹𝗶𝗽𝗽𝗲 𝗣𝗮𝘀𝗰𝗮𝗹. A la fin du soundcheck il prend le temps de revenir sur la mise en œuvre de cette chanson. Il m’explique tout sur la participation qui s’imposait de 𝗦𝗮𝗺𝘆 𝗕𝗶𝗿𝗻𝗮𝗰𝗵, le chanteur de 𝗠𝗶𝗻𝗶𝗺𝗮𝗹 𝗖𝗼𝗺𝗽𝗮𝗰𝘁. Quand il interprètera ce titre devant le public ce soir, un frisson traversera la foule. En filigrane l’ombre planante de Philippe Pascal et Frank Darcel. La voix de Sergeï Papail nous emportera au travers de cette chanson-prière dans un espace hors temps. Nous sentirons l’âme des disparus comme revenir à la vie. Dans une joyeuse transe.
Un parti pris assumé mais avant tout transmis avec passion. La transmission si chère à ses yeux, bleus perçants cerclés de petites lunettes rondes. Symbolisée par le médiator qu’il eut la gentillesse de remettre à un petit garçon après le set. Sa timidité face à ce musicien géant et les étoiles dans ses yeux en disaient long.
Sergeï est doté d’une sensibilité à fleur de basse et de maux qu’il pose avec une telle poésie sur sa musique. Oui, c’est un géant. Qui reste discret. Je sais qu’il ne doit pas être étrangé à l’invitation backstage reçue ce matin.
Reste à saluer Stéphane Cantero, l’artisan électro du trio. Il est au four et au moulin. A partir de cet instant il sera à la fois ici et là. Je l’ai même vu remplir des casiers de verres au catering. Son sourire béat montre toute son incrédulité de côtoyer des artistes qu’il admire au plus au point. A aucun moment il ne se départira de ce sourire. Et de son énergie solaire communicative.
𝟭𝟲𝗵𝟬𝟬
Le duo des Complots, François Possémé et Boris Guffer, ceux-là mêmes qui ont fondé Complot Bronswick, sont en plein soundcheck. Boris penché sur ses machines, François devant son pupitre, agitant les bras tel un chef d’orchestre. Ils s’apprêtent à poser sur plateau de nappes vaporeuses les mots de la poétesse 𝗘𝗺𝗶𝗹𝘆 𝗗𝗶𝗰𝗸𝗶𝗻𝘀𝗼𝗻. Ils vont nous emporter avec leurs mélodies ciselées. Et mettre leur talent au service de trois légendes locales. Le fameux 𝗥𝗶𝗰𝗵𝗮𝗿𝗱 𝗗𝘂𝗺𝗮𝘀 déjà évoqué, mais aussi Patrick Chevalier et Pascal Karels.
Patrick Chevalier, sa voix n’a pas changé depuis 40 ans. Toujours la même force mêlée à une infinie douceur. Une grenade dans un écrin de velours. Qui jamais ne se dégoupille. « Rythmiques », la chanson qu’il va interpréter en clôture, n’a pas été révélée. L’infiltrée que je suis aux balances me permet de découvrir en avant-première la façon dont il se l’approprie. Le tempo est ralenti, l’occasion pour lui de mettre en avant les paroles dans un phrasé-chanté dont il a le secret. C’est l’occasion d’un dernier alignement voix-machine. D’autant plus important que la chanson sera tirée sur la longueur, le double de la version originale.
Dans l’ombre des comploteurs une longue silhouette fine se mêle au film de Yves Trémorin projeté en fond de scène. Pascal Karels. Fruit d’un recrutement de dernier instant, il va par ses riffs quasi tribaux embraser l’air du Jardin Moderne. Il donnera un indéniable supplément d’âme à « Rythmiques ».
Que dire de ce qu’il fera sur les tablatures de « No Fun » aux côtés de Complot et de Richard Dumas? Aux tous derniers instants il rendra les armes, la guitare à terre. Pour mieux mettre la salle à ses pieds.
Puis il fendra la foule dans la direction du petit garçon. Il glissera dans ses mains les deux triangles verts qui ont servi les riffs sur les deux titres. A cet instant précis où les médiators changeront de main, la seule chose qui comptera à son cœur, c’est la passion de la musique qu’il lui transmettra, lui aussi.
Sa gentillesse vaut tous les trésors du monde. Derrière son humilité, un immense talent. Souhaits de le voir faire vivre la flamme pour un temps sans fin.
C’était la chronique d’une soirée déjà mythique pour les inconditionnels de la movida rennaise. Mention spéciale à Philou - Philippe Trocheris, contraint d’arriver tardivement, mais qui a fait la plus belle capture de la soirée dans son objectif. Dans mon top 3 ever de ses photos de scène.
Je me souviendrai longtemps des quelques gouttes du Gin de Florette aux parfums pagnolesques. Et de tous les visages amicaux croisés : Annick Fidji, Marie Le Mauff, Carole Lbluca, Cyclope Lgx (place deluxe pour ta bagnole).
Pardon à celles et ceux que j’oublie de citer. C’était un ravissement de vous voir. Seul regret : je n’ai pas croisé Leslie, ma “Uber” qui m’a permis d’arriver à temps pour le début du soundcheck.
PS1 : le mot “songe” du titre est emprunté à Stéphane Cantero
PS2: beaucoup de très belles photos de la soirée ont circulé. Celles qui illustrent la chronique proviennent des balances.
Photos parues dans le post :







Photos supplémentaires :









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Vu que le concert a lieu le 07-07-1990 et qu'il s'agit d'un compte-rendu, je pense que l'article a paru un peu après le 7.

(merci à Dominique)
- Détails
Vu que le concert a eu lieu le 31-01-1990, je pense que l'article a paru un peu après le 31 et pas le 30.

(merci à Dominique)
- Détails
Vu que le concert a eu lieu le 23-09-1983 et qu'il s'agit d'un compte-rendu, je pense que l'article a paru un peu après le 23.

(merci à Dominique)
