Popzone est un groupe Facebook consacrée à la musique pop avec comme point central Etienne Daho.

Severine Desrues, passionnée de la scène rennaise, donne son avis au moment de la sortie du dernier album de Marquis et m'a permis de rediffuser cette chronique sur mon site. Merci Severine !

 

‘’L'album sort le 7 avril ! Et sincèrement, Konstanz est aussi abouti et véhicule autant d'émotions pour moi que Rue de Siam et La Notte, parmi tous les disques auxquels j'ai participé.” C’est ainsi que Frank Darcel donne le la du prochain album des Marquis, alors que sort un nouveau titre : Immensité De La jeunesse.

 

Immensité d’un groupe

Début mars 2023, en retirant le disque de son enveloppe à bulles protectrices, je découvre enfin la pochette de Konstanz. Constance graphique ! Tout comme on pose un visage sur un nom, je peux mettre une image sur un disque écouté dans le recueillement quelques semaines plus tôt. C’était au cœur de l’hiver, dans la chaleur du WM studio. Bretagne. Bringolo. Pas loin de Plélo. Ou de Guingamp. Flashback. Un simple cd gravé recélant des trésors auditifs tourne en boucle depuis la fin de la matinée. Il s’agit des roughs mixes de l’album dont le titre fait écho à la ville de Constance visitée lors d’un séjour estival. Le maître de cérémonie, Frank Darcel himself, nous présente titre après titre, avec la passion et l’énergie qui le caractérisent, la genèse d’un lp qui s’annonce pointu et homogène. L’aboutissement d’un travail de “band” initié dans la foulée de la sortie du premier opus Aurora en pleine pandémie. Réenregistrer tout de suite a permis de conjurer le mauvais sort qui les a auparavant contraints à une promo ultra réduite et conduits à une série d’annulations de concerts…

On retrouve sur ce second opus les ex-Marquis de Sade Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., Éric Morinière et Thierry Alexandre (souffrant d’une maladie des mains invalidante, il n’a malheureusement pu enregistrer qu’un titre) respectivement à la guitare, la batterie et la basse. Daniel Paboeuf, fidèle parmi les fidèles, est là lui aussi, au saxo. Son solo sur Pyramid, récit aux airs de conte moderne à la Dumas et à la mélodie saccadée, me prend aux tripes.

Mais surtout, la présence vocale de Simon Mahieu transcende tout ; le jeune chanteur flamand s’émancipe dans les textes et prend définitivement son envol au chant. Il signe et co-signe d’ailleurs avec Frank Darcel 9 des 11 titres.  On retrouve également Niko Boyer à la guitare, ex Detroit. Son père ingé du son avait enregistré Dantzig Twist…Constance, vous avez dit Constance ?

C’est cette formation que l’on retrouvera sur scène avec deux nouveaux venus, Apolline Jousseaume aux chœurs et Xavier Soulabail à la basse. Ils seront 7 en tout en live !

 

Immensité de la voix

Des invités emblématiques de la génération post-Punk viennent poser leur voix sur les sillons de deux titres pour des duos inattendus. Un frisson me transperce quand je découvre la profondeur de l’intonation d’Elli Medeiros sur le solaire In the Mood for Sun. La belle Pop égérie semble tout droit sortie d’une session d’enregistrement des Stinky Toys, la maturité en plus. Perfect match vocal avec Simon Mahieu. Quant au timbre de Denis Bortek, reconnaissable entre mille, il s’accorde incroyablement bien à celui de Frank Darcel qui joue la désinvolte sur Listen To The Big Bang, assumant une posture de “lazy psycho”.

  

Immensité des concordances

Revenons à la pochette, je fonds tout de suite pour la typo et le cadre dorés qui donnent une touche follement chic à la noblesse Punk affichée. Intriguée par l’illustration, je questionne Frank Darcel qui livre quelques détails : “elle a été créée par Ragnar à Cranes Studio. Nous avions auparavant évoqué ce que représentait la ville de Konstanz : proximité de l'école expressionniste Der Blau Riter, cette situation au cœur de l'Europe, lieu où de nombreux écrivains avaient leurs habitudes : Herman Hesse, Thomas Mann entre autres. Ensuite Ragnar a travaillé ces éléments avec un logiciel d'intelligence artificielle et cela a donné ce dessin que le groupe a tout de suite validé.”

Il poursuit : “Il se trouve que, plus tard, comme je suis toujours intrigué par les coïncidences et les possibles synchronicités, j'ai vérifié sur la carte quelque chose que je supputais à vue de nez, et il se trouve que Konstanz est à équidistance entre Dantzig et son fameux Twist, et Brest, transpercée par la rue de Siam.” Il n’est pas de hasard…

  

Immensité de talents

Pour cet album enregistré sur 3 continents, entre New-York, Paris, Bruxelles, la Bretagne et…la Thaïlande, les Marquis se sont adjoint les services de musiciens aussi prestigieux que légendaires. Er Maez lance les hostilités avec Vernon Reid (Living Colour) et ses solos de guitare stratosphériques portant un titre-refrain scandé. Ce titre d’ouverture forme un trait d’union avec le premier album Aurora, aux couleurs résolument européennes, le breton y côtoyant le français et l’allemand. I Wasn't Born For Real révèle un royaume musical où le saxophone de Pierrick Pedron est roi. Le discret et talentueux Pierre Corneau (Marc Seberg, KaS Product Reload) indissociable de sa Sadowsky rouge, signe de sa ligne de basse Jour de Gloire, le titre le plus teinté Pop de de l’album, et sur Henry Lee Didn’t Do It (un autre Henry…) qui évoque un vrai-faux serial killer.

 

L’immense Ivan Julian (Voidoids) à la guitare élève Brighter et Listen To The Big Bang au rang de références mélodiques. Clin d’oeil Pop, on retrouve Marcel Aubé, bassiste historique d’Etienne Daho sur Exotica, douce envolée envoûtante et électrisante. Le bassiste Jared Mickael Nickerson (The The, Burnt Sugar Arkestra ), le claviériste Adriano CominottoJames Stewart et Mac Gollehon aux cuivres, Eric Cervera à la guitare et la batterie, Roberto Briot à la basse viennent compléter la liste d’invités prestigieux.

 

Immensité d’un titre

Le magistral Aux Premiers Feux, le dernier morceau de l’album, s’ouvre sur L'Hymne des Chérubins de Tchaïkovski. Une ballade entonnée à fleur de peau, l’interprétation la plus émouvante de l’opus, à l’image d’un texte finement ciselé. Elle referme le chapitre Konstanz sur une note d’espoir : “Il reste un peu de toi…”

 

Les Marquis présenteront les titres de cet album sur scène dès le lendemain de sa sortie, le 8 avril au Novomax à Kemper. Puis d’autres dates suivront : showcase pour le disquaire day chez Gibert disques à Paris le 22 avril. Petit Bain à Paris le dimanche 23 avril. L'Ubu à Rennes le 11 mai… et la tournée d’automne qui se met en place. 

Rock'n'Folk, n° ? - Critique de l'album : Philippe Pascale

Philippe Pascale

A défaut d'être à tous les coups l'avenir de l'homme, la femme serait-elle l'avenir du rock ? Jean Ferrat demeure injoignable sur sa belle montagne. Le dernier congrès du centralisme démocratique et de l'affreux Jojo n’inscrit pas la question à l'ordre du jour. Les duettistes duellistes Catherine Chichin-Muriel Chenevez sont hors concours. Restent deux pistes tricolores. Celle de l'ancien Taxi boy Mirwais dont le récent « 14 Juillet » fêté avec sa Juliette nous (me) laisse encore sous le charme. Celle du défunt divin Marquis Philippe P. dont le nouvel album avec Pascale Leberre, déjà maîtresse aux claviers de Marc Seberg, nous (me) laisse embarrassé(e)s. La ballade de « India Song » composée par le Sud-Américain exilé à Paris, Carlos d’Alessio (remember la BO « Delicatessen »), et écrite par Marguerite, est classieusement revisitée dans une stange ambiance jazzy qui ne dépayserait pas le Badalamenti de « Twin Peaks ». « Honky Tonk Dance » réussit un subtil alliage grooviste (si, si, si) où portées par les baguettes métalliques acérées de Yves-André Lefeuvre (gare au Complot Bronswick), s'entremêlent contrebasse et trompette. Les huit autres titres de « Essaouira », décidément très in en ces temps de « Système D », à « La Ofrenda », escapade in spanish replongent dans le romantisme des eighties gris new-wave, marquent une continuité « sebergienne ».
Dommage que la nostalgie, ne soit plus ce qu'elle était, camarade(s) !

Valérie Coroller

Critique de l'album Le chant des terres
Le chant des terres