Marc Seberg - Le bout des nerfs

Le bout des nerfs

Ivre, la mer. La mer immense
Eventre la pierre & cisèle les vents.

De lourds chevaux d'écumes grondent
& roulent en grève les chants de guerre.
La terre affronte la mer profonde
Quand se lèveront les vents d'Ouest!...

Galver'ran Galv ac'hanon

La vie est brève, la braise est morte
L'Armor appelle, rêve & s'endort...
La braise est morte, morte la langue
Comme une eau forte gravée sur la lande.

La terre se brise en sortilèges :
Un arpège de récifs vierges.
Comme autant de navires les îles
dérivent en quête d'Amérique.
Galver'ran Galv ac'hanon
Galver'ran Galv ac'hanon
Hey

La vie est brève, la braise est vive
Le vent se lève, le vent l'attise.
La braise est vive, de jour en jour
Elle refleurit, la fleur rouge.

Galver'ran Galv ac'hanon Appelle Appelle-moi
Galver'ran Galv ac'hanon Appelle Appelle-moi

Quand sera noyé noyé Paris
Renaîtra, Ys ma ville engloutie.

Galver'ran Galv ac'hanon
Galver'ran Galv ac'hanon

Philippe Pascal

Un ciel de lit sans étoile,
L'abri d'une muselière,
L'arôme d'une fleur mâle
Qu'emprisonne une lanière.
Tout cela & plus encore,
Tout un monde je t'accorde
Si à mon diable, mon ange,
Tu offres ton corps en échange.
O Dieu sans remords!
Le fruit de ma colère
Se plante dans la corolle,
Carnivore : ma chair!
J'ai crié Seigneur
Que mon règne arrive
L'extase est trop vive...

Un collier de larmes fines,
Les perles d'une jeunesse passent.
Ma charité l'assassine
O ma chérie triste et lasse
Pour l'amour est mal armée
L'amour aime les à-côtés.
A l'heure où nos cœurs se brisent
Sur ton hôtel sacrifié
Aux Dieux sans remords!
Le fruit de ma colère
Se plante dans la corolle,
Carnivore, ma chair!
J'ai crié Seigneur
Que mon règne arrive
L'extase est trop vive...

Danse au fil de l'âme,
Racle la lanière.
Rampe le long de l'arme,
Danse à ma lumière!
& dans la vérité des masques
Quand les rythmes se gravent au creux du cuir
Je t'abandonnerai mon ARME
Au ventre de l'idole, reluis.
Sur la détente, ensuite : appuie!
Odieux, sans remords, le fruit de ma colère
Se plante dans la corolle,
Carnivore ma chair!
Alors je crie Seigneur
La peine est trop belle.
L'extase est trop vive...OH OH OH OH OH

Quand le corps se déhanche,
Quand le corps se déhanche
La MANDRAGORE
Elle m'affole Oh m'affole,
L'ange danse & déhanche son corps sous l'effort.
L'ange danse & la Mandragore implore.
L'ange danse & déhanche son corps sous l'effort.
L'ange danse & la Mandragore implore :
SEIGNEUR, merci!
Serviteur servi!

Philippe Pascal

Le général Hiver plonge sa dépression
Du bout des nerfs, sous une chape de plomb.
Je me souviens d'un morceau de bleu,
Dans le feu de l'absinthe, une couleur s'est éteinte.
QUELQUE CHOSE NOIR se traîne
Dans le silence s'enfonce
& se ronge les ongles
& me ronge les sangs.
QUELQUE CHOSE NOIR, je l'aime
Comme un trou dans la nuit,
Comme un trou dans l'oubli
& roule au fond d'un puits.

Mais dehors c'est l'hiver.
Crève l'arrière-saison!
Un pou : ta mort dans une caisse à savon.
Je me souviens d'un morceau de vert
De la douceur de vivre, de l'ivresse du vide.
QUELQUE CHOSE NOIR se traîne
Dans le silence s'enfonce
& se ronge les ongles
& me ronge les sangs.
QUELQUE CHOSE NOIR, je l'aime
Comme un trou dans la nuit,
Comme un trou dans l'oubli
Je l'aime c'est bien ma veine!

Je reste là,
Face contre terre.
Ils ont vendu leur âme
Ils ont rendu les armes.
Je regarde.
QUELQUE CHOSE NOIR...

QUELQUE CHOSE NOIR se traîne
Dans le silence s'enfonce
& se ronge les ongles
& me ronge les sangs.
QUELQUE CHOSE NOIR, je l'aime
Comme un trou dans la nuit,
Comme un trou dans l'oubli
Roule au fond d'un puits.

Je reste là
Face contre terre.
Ils ont vendu leur âme
Ils ont rendu les armes,
Je regarde.

Je reste là
Face contre ciel.
Dans les salles où se perdent
Jusqu'au bruit de mes pas,
Je me perds.
Je laisse faire.
QUELQUE CHOSE NOIR,
Là, quelque part...

Philippe Pascal

Sans foi ni loi au pavillon noir
Les voisins font feu de tout bois
Le rhum coule à flot l'immeuble prend l'eau
Le salut se cache tout là-haut, là-haut!
Je t'ai promis d'atteindre l'autre rive, l'autre étage
Je sais plus si je pars, si j'arrive à me suivre à la nage.
Au fond de la court un vaisseau fantôme.
A l'abordage, matelot hisse & ho!

Au rez-de-chaussée c'est l'escalade
Une raz-de-marée contre-attaque
Cloue-le sur la porte! Fais machine arrière!
Je prends tout sur moi, ta faute : la mienne!
Je t'ai promis d'atteindre l'autre rive sous le vent, l'autre ville
Mon frère de la côte, droit devant l'autre rive nous attend.

A Rennes à l'Ouest
Oh! rien de neuf sous le soleil
Le même ciel, la même gare
Je connais même un train qui s'égare
Je t'ai promis d'atteindre l'autre rive, l'autre rive c'est ici!
Je sais plus si je pars, si j'arrive à me suivre à la ligne
L'hameçon auquel le poisson mord (poisson mort?)
C'est pas mon âme, non! C'est ton corps et encore

Je t'ai promis de faux départs
Je t'ai promis de vrais brouillards

De mauvaises blagues
En fausses alarmes
Fais ce que tu peux mais reste à flot.

Philippe Pascal

Lignes de fuites. Déchirure. Perspectives : L'avenir en friche

Un chassé croisé de lignes brisées
Ouvre la blessure,
Ad nauséam brûle dans l'embrasure.
Plaisir ou peine, amour & haine s'ils persistent & signent
Sous la pluie déteignent et s'adoucissent.
Sous la pluie s'étreignent & de nouveau s'unissent.

Les souvenirs, hier, tout de suite
Retour à l'enfance : la ligne de fuite.

Un battement de cils pris sur le vif,
L'oiseau en plein vol.
Un instant dérobé à la mort.
Un instant épinglé sur un morceau de roche.

Les souvenirs ouverts jour et nuit
Retour à l'enfance : ma ligne de fuite.

Sur la rétine, l'illusion optique persiste & saigne
En secret une ligne de fuite, sans limite
L'avenir lui s'en fiche...

Philippe Pascal

Si cette forme au loin est un homme,
Les temps sont-ils revenus ?
De sortir de l'automne
Et de partir vers l'inconnu ?
Si cette forme là-bas est un homme,
Un fleuve s'éveille en amont
Les douze tribus de l'ombre.

Mon père, ouvre-lui la porte
Voici l'homme en chemin.
Ouvre la porte
L'OURAL est encore loin...

Voici l'homme
L'homme debout, l'homme d'argile.
Voici l'homme
Golem aux pieds fragiles
En lui souffle l'esprit Israël
En lui coule la ténèbre dans la veine.

Mon père, ouvre-lui la porte
Voici l'homme en chemin.
Ouvre la porte
L'OURAL est encore loin...
Voici l'homme de la jihad
Voici l'homme de la Sohah.
Les tours de Babel montent & lèvent le front
Les tribus rebelles vibrent à l'unisson.
Les tours de Babel montent & lèvent le front
& s'effondrent.
Les tribus rebelles se lient à l'horizon
& s'affrontent
Hey! Chante-moi l'HYMNE A LA JOIE.
(c'est comme un cœur qui bat / c'est comme un cœur qui bat
mais c'est un homme qui marche / ...)

VOICI L'HOMME
Et s'il parle trop fort
VOICI L'HOMME
S'il couve le bruit des bottes
Sous les battements sourds
De ce cœur qui s'embrase,
Ecoute :
Cette forme fragile

Qui avance, timide,
Pas de doute!
Lui aussi c'est un homme.
Et lui si c'est un homme
Et lui si c'est un homme
SI C'EST UN HOMME,
C'est un homme...

Philippe Pascal

Furtifs frôlements
La forêt vierge, danse, sous les draps
& m'enracine dans ses lianes,
Un reptile vert et bronze s'écaille
Très secondaire, le fond de l'air m'assaille
Effraie l'enfant sage.
Le marchand de sable est mourant,
Mes mouvements s'envasent, glauques.
La nuit se venge dans le Black OUT final.
La fièvre me cueille au premier round; knock down.
Je broie du noir, les ombres cernent mes yeux.
Je croise les doigts mais tombe en miettes au milieu
Le plus clair de mes nuits je passe à les noircir
Je broie du noir, les ombres cernent mes yeux.
Je croise les doigts & tombe en miettes au milieu
Pourquoi mes plus belles nuits se passent-elles à Waterloo
A noircir le tableau ?
MORPHEE torpillée, entre deux eaux, là sous mes reins.
Pour un radeau dis-moi c'est combien ?
En vue l'aileron d'un grand requin me nargue
Par le menu, je me détaille de long en large.
Je broie du noir, les ombres cernent mes yeux.
Je croise les doigts mais tombe en miettes au milieu
Le plus clair de mes nuits je passe à les noircir.
Je me vois tout en noir les ombres creusent les draps
Je me croise dans le noir les bras m'en tombent c'est pas moi!
Pourquoi mes plus belles nuits se passent-elles à Waterloo
A noircir le tableau ? Je noircis le tableau!
Le désordre KO! Mon désordre! Mon chaos!...
Je me vois tout en noir, les ombres creusent sous mes pas
Je me croise dans le noir, les bras m'en tombent c'est pas moi
Mon appart mis en pièce & les pièces mises à part
Le désordre KO! Mon désordre! Mon chaos!
Sur son île, il est KO. Un cercueil en p'tits morceaux.
Sur son lit, en p'tit bateau. Braille l'aveugle! trop c'est trop!

Philippe Pascal

C'est pas le train du soir,
C'est pas le serpent noir
Qui chantent pour nous entre chien & loup.
Un vieux fantôme est de retour
Billy Holliday feule le blues.

La voix nonchalante, lointaine et traînante,
La voix languissante comme teintée de cendre.
Une brume d'alcool voile sa gorge,
Les mots s'arrêtent au bord des lèvres
Déchirent le cercle de lumière
Et frappent les hommes sans paroles.

C'est pas la plainte du serpent noir
C'est pas le train dans le soir,
Le long désespoir.

Blanc, l'amour trop grand.
Blanc, l'aveuglement
De gardénias en came blanche.
Noir, les fruits étranges.
Noir, le bruit des branches.
Les corps dans les arbres s'en balancent.
Quand la déprime se met en scène
Dans les cabarets de la ville,
Elle sourit quoiqu'il advienne
Sa vie, la vraie, est en coulisse.

C'est pas la plainte du serpent noir
C'est pas le train dans le soir,
Le long désespoir.
Roule, roule sur les planches.
Tourne, tourne la chance
Et sous les ailes d'un corbeau,
Dans un hôtel tout là-haut...

A l'heure où l'Uptown House éteint
La magie d'une robe de satin,
Elle rentre à l'hôtel sans un bruit
Et jette un long, long retard à son lit.

C'est pas la plainte du serpent noir
C'est pas le train dans le soir,
Le long désespoir.
Sur la chaîne de sa montre,
J'ai posé un dollar en or
Et je veille sur sa tombe...

Let'Roll Let's Roll
I'm just an old graveyard ghost
I'm just an old graveyard ghost
And THE BLACK SNAKE MOAN.

Philippe Pascal

Elle, elle rit pour un rien
Des heures, des heures le fou rire l'étreint.
Les mains offertes aux pluies de sel du désert
Elle rit SANS FIN NI CESSE dans l'air acide;
Et pierre à pierre elle relève les ruines
Du mur, ce mur que la nuit détruit.
VIEILLIR, dit-elle!
Ensemble, en silence, sans mystère.
Faire une victoire de nos défaites
Et perdre nos mémoires en mer.
Pleure, pleure pour moi
Moi, je meurs en toi.
Oh leurre, leurre-moi
Moi, je me rends où tu vas
Tout en toi
Elle se retourne,
Elle traîne au pied ma chaîne lourde.
Un jour d'orage, de rage sourde
En vrille s'enroulera LA FOUDRE...
Pleure, pleure pour moi
Moi, je meurs en toi.
Oh leurre oui leurre-moi
Mais moi, je meurs en toi.
Les yeux dans les yeux,
A chaque pas plus vieux.
A chaque larme, la peur
De se perdre PETITE SŒUR.
Le temps nous manque.
Le temps nous mange.
Le temps nous change.
Petite sœur.
Le temps d'attendre.
Le temps d'apprendre.
Le temps nous manque.
LA TENDRESSE nous venge.
Douce, douce revanche. Mmmmm

Philippe Pascal

Elle a peint le ciel sur ces fenêtres,
Elle aime tant Verlaine.
Et elle a teint ses cheveux en vert,
Elle aime tellement Baudelaire.
A la folie, passionnément
Elle aime les corbillards d'antan.
A la folie de ses vingt ans,
Elle aime aussi Tristan comme un amant.

Dans ses livres, elle s'éparpille
Elle file en secret l'amour parfait,
La passion clandestine.

Sur les dalles de marbre d'un songe,
O ma Salomé sauvage!
Par sept fois dans le trouble elle plonge
Son esclave au corps sage.
Sous un rayon de lune, elle s'avance
Comme une passante inconnue.
Sous la lune insolente,
De transparence vêtue, oh plus que nue.

Dans ses livres, elle s'éparpille
Elle file en secret l'amour parfait,
La passion clandestine.

Dans ses jeux de petite fille,
Elle m'invite à la suivre
Et sur les pages blanches d'un livre, elle m'attend
Dans sa vie, dans son roman
Pour un baiser d'elle pourtant
Je me ferais prophète ou décadent
Et j'offrirai ma tête sur un plateau d'argent,
en riant.

Elle a peint le ciel sur ses fenêtres,
A la folie, elle aime Verlaine,
Appollinaire, Tristan Corbière,
Perdue entre deux poèmes,
Elle dit qu'elle l'aime.
Elle dit qu'elle m'aime quand même,
Elle dit qu'elle m'aime, un peu, beaucoup,
A la folie pas du tout.
Elle dit qu'elle m'aime quand même
Elle dit qu'elle m'aime aussi.
Perdue dans ses poèmes
Elle m'aime à la folie... Pas du tout.

Philippe Pascal

Son parfum me poursuit & relance
Un désir fébrile, par son absence.
Le jour retient son souffle, une seconde se plombe
& à plaisir retarde le temps qui me sépare
De l'heure où mon cœur redémarre : ce soir,
Nous valserons des heures, nous valserons les heures
Personne n'aura la force de nous arracher l'un à l'autre.
Nous valserons les heures, nos verres seront le fleuve
A la source de nos soifs, nous irons voir si la gloire s'apprivoise.

En attendant, le manque m'a gagné
& j'entends l'océan de mes éléments enchaînés.
Des poignées entières de bruit rutilant
Se déversent dans mes jours trop lents.
Les chevaux de frise, les mètres étalons
Hérissent ma ligne d'horizon. Mais ce soir
Nous valserons les flammes, nous valserons les vagues
& rien, Non ni personne ne nous arrachera l'un à l'autre.
Nous valserons le sort, les bars seront le port
A la source de nos soifs, allons voir si la gloire
Veut bien de nous ce soir...

Alors tout se retire, elle ne va pas venir
Je vais être seul ma belle, tant pis la belle affaire.
Personne n'aura la force de m'arracher le cœur.
Je valserai les heures, mon verre sera le fleuve
A la source de ma soif j'irai boire à "ma gloire!"
Je valserai la vague au bras des autres femmes
& rien non ni personne ne m'arrachera une larme.
Je valserai le sort, les bars seront le port
A la source de la gloire, j'irai boire jusqu'à plus soif.
Je brûlerai la nuit, je brûlerai l'ennui
& rien non ni personne n'aura la force de m'arracher le cœur,
De m'arracher des pleurs, personne n'aura la force
Non pas la force...

Philippe Pascal